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Bienvenue sur le site de Françoise Buire, iconographe orthodoxe à Vézelay (Atelier à son domicile)

Conférence du 17 Avril 2009

de Françoise Buire-Bouveau

à l’occasion de l’exposition « Anges et Démons »)
qui s’est tenue dans la maison Jules Roy de Vézelay
(icônes de Françoise Buire - enluminures de Béatrice V.D. Bossche

HISTORIQUE
Le tout premier art chrétien est un art de SIGNES, du fait de la persécution des chrétiens et de l’obligation qu’ils ont par conséquent de se cacher : c’est l’art des catacombes (#).

On peut le classer en trois groupes de représentations :

1) tout ce qui se rapporte à l’eau : l’arche de Noé, JONAS (#)

et l’ancre, la baleine, le POISSON(#)
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* N.B. : poisson en grec = IChTUS = Iesus Christos Theau SôterJésus =Christ Fils de Dieu Sauveur


* N.B. : poisson en grec = IChTUS = Iesus Christos Theau SôterJésus =Christ Fils de Dieu Sauveur

2) tout ce qui se rapporte au pain et au vin (épis de blé, vigne, multiplication des pains) ;

3) tout ce qui se rapporte aux images de SALUT : les jeunes gens dans la fournaise (#), Daniel parmi les lions, l’oiseau phœnix, Lazare ressuscité et surtout le BON PASTEUR.

Les jeunes gens dans la fournaise

On ne recherche pas à soigner la forme artistique, on cherche à enseigner la foi avec des signes simples

Néanmoins, l’Eglise primitive est bien entendu en contact avec la culture dominante : la culture de Rome, où l’image joue un rôle si particulier, héritée des Grecs.

En effet, à l’époque, les portraits des souverains étaient l’objet d’un véritable culte mais remplissaient aussi une fonction juridique. Ainsi, au tribunal, le jugement rendu en présence du portrait de l’Empereur valait le jugement de César en personne ; la remise des clés d’une ville prise à l’ennemi , si elle était faite en présence de ce même portrait était considérée comme une remise des clés qui lui était faite en mains propres.

Enfin, l’effigie de l’empereur sur les étendards des légions attestaient sa « présence ».

C’est donc cette notion de force de l’image, de son énergie, qui est reprise par les artistes de la première Eglise, et qui va être utilisée pour attester de la présence du Christ ressuscité, ou de ses saints.

La tradition de l’Eglise d’Orient affirme que la 1ère icône du Christ apparut pendant sa vie terrestre. C’est l’image qu’on appelle en Occident « La Sainte Face » et dans l’Orient orthodoxe « l’image non faite de main d’homme » (achéïropoïètos). Elle aurait été envoyée par le Christ lui-même au roi Abgar V, prince d’Osroène (petit pays entre le Tigre et l’Euphrate), afin de le guérir.

En tous cas, il est à peu près certain que dès le Ier siècle, une image réputée du Christ (et par la suite, des copies de celles-ci) circulait dans cette région du Moyen-Orient.

En plus de cette image du Christ, des portraits de Marie, toujours représentée avec son enfant, ainsi que des images des saints commencèrent à circuler également, à la suite des portraits des martyrs.

Alors que les chrétiens sont encore persécutés, chassés, mis à mort et donc obligés à la clandestinité, le culte de leurs martyrs s’élabore. On vénère leur corps supplicié, et s’il est difficile d’emporter leurs momies ici ou là, dans les lieux (toujours différents, pour des raisons de sécurité) où sont célébrées les réunions de prière, il est plus aisé d’emporter leur portrait. D’où l’habitude qui sera prise de faire leur portrait, très semblables aux célèbres portraits du « Fayoum » #.

Peints à la cire sur des petites planchettes de bois, ces premières icônes, que l’on peut « cacher sous le manteau » et emporter en fuyant une perquisition de la police de l’Empereur, seront les premiers objets de culte des chrétiens, à Alexandrie, comme à Rome.

L’une des plus anciennes icônes du Christ, gardée au monastère Ste Catherine du Mont Sinaï (#), a été peinte de la même manière.


Ainsi que cette icône copte, datée du VIème siècle, et que l’on peut admirer au Musée du Louvre (Le Christ et l’abbé Menas) (#).

Après la conversion de l’Empereur Constantin, le Christianisme se développera et les artistes seront même fortement encouragés dans l’exercice de leur art, mais le premier modèle de l’icône du Christ sera fidèlement gardé et reproduit, de siècle en siècle.

30 avril 311 : Edit de tolérance de Galère : fin des persécutions et autorisation de culte pour les chrétiens.
313 : Edit de Milan : l’Empereur CONSTANTIN accorde la liberté religieuse.
321 : Le dimanche (jour du Seigneur) devient jour férié légal dans tout l’Empire.

Du V au VIIème siècle tous les sujets d’icône sont peu à peu élaborés , fixés et fidèlement reproduits.

Vierge du VIème siècle (peinture à l’encaustique)

Pendant longtemps, la vénération des Saintes Icônes fut admise par toute l’Eglise, mais au VIIe siècle, surtout sous l’influence de l’Islam qui n’admet aucune représentation de Dieu (cf. plus loin), et des conquêtes arabes, une lutte ouverte se déclencha contre les Saintes Images. Par moments, plus de la moitié de l’Eglise fut conquise par l’hérésie iconoclaste. La victoire de la vraie foi n’intervint qu’au VIIe Concile oecuménique, en 787.

L’Eglise célèbre d’ailleurs le premier Dimanche du Grand Carême, la "Fête de l’Orthodoxie" et de la victoire sur l’iconoclasme. Elle commémore tous ceux qui ont contribué à la restauration des icônes.

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L’image dans l’islam

Pour l’islam, l’interdiction formelle de la représentation des êtres animés découle d’un verset du Coran qui estime que les faiseurs d’images veulent rivaliser avec Dieu, seul créateur et insuffleur de vie. La personne de Mahomet est l’objet d’une révérence qui s’exprime notamment par l’interdiction de la représentation de sa personne comme d’ailleurs de tous les autres personnages importants de l’histoire du salut (Noé, Abraham, Moïse, Jésus, etc). Cette interdiction s’applique strictement au Coran et aux ouvrages des hadiths. Dans les mosquées, il y a absence totale de représentations figurées : seuls sont tolérés les motifs végétaux et géométriques. Cependant on peut retrouver des représentations du prophète et de sa famille dans d’autres écrits que le Coran.

Une conséquence de cette interdiction est le développement de la calligraphie et d’une ornementation des textes basée sur la géométrie et l’arabesque.

L’image dans le judaïsme

« Tu ne feras point d’idole, ni une image quelconque de ce qui est en haut dans le ciel ou en bas sur la terre ou dans les eaux au-dessous de la terre ». Le second des dix commandements pose clairement la position du judaïsme de l’origine. Au moment où ces commandements sont formulés, nous sommes en effet dans un monde aux nombreuses divinités dans lequel on voit apparaître la croyance en un Dieu unique échappant à toute représentation. Cet interdit s’applique à la représentation du Créateur : on l’entend, mais on ne le voit pas et son nom, YHWH, devient imprononçable (Moïse dans l’épisode du buisson ardent). Mais là ne s’arrête pas l’interdit, il s’applique aussi à la création (Moïse et le veau d’or).

Certes avec le temps, cet interdit va évoluer : on voit apparaître des enluminures dans les manuscrits hébreux médiévaux ou encore des fresques sur des pavements de synagogues, mais pas dans le rouleau liturgique de la Torah.

Un peu comme pour l’islam, pour détourner l’interdit, les copistes vont alors développer l’art de la calligraphie et surtout de la micrographie, l’écriture minuscule qui dessine des formes (animaux, objets, personnages) avec l’écrit. Cette ornementation s’appuie sur la « massore », système de règles grammaticales et syntaxique élaboré du VIème au IXème siècle pour les copistes. Pour donner de la beauté au texte, les copistes vont exploiter toutes les fantaisies que permet la micrographie.

L’image dans le christianisme

A ses débuts, l’interdit de la représentation divine n’a pas été repris par le christianisme. Très vite, au IVème siècle, le christianisme, devenu religion d’Etat, va déployer la représentation de Dieu : figuration symbolique (inspirée de l’art juif), figuration d’un Dieu patriarche, omnipotent ou encore figuration du Christ crucifié ou en majesté.

A partir de là, on assiste à un culte envers les images et surtout au débat doctrinal et théologique qui ne pouvait manquer de naître.

Si le christianisme a été favorable à l’image il faut néanmoins noter quelques nuances.

En Orient, au VIème siècle, quand naît l’art de l’icône, l’image a une dimension sacrée : elle est véritablement une fenêtre ouverte sur l’invisible qui manifeste la sainteté de la présence divine. Pour les orthodoxes, elle est l’expression de la Parole de Dieu comme l’est le livre de la Bible.

En Occident, on peut donner à l’image une triple fonction :

- spirituelle : incitation à la prière et au recueillement. Le développement des peintures, des statues dans les églises et chapelles en témoignent.

- esthétique : il s’agit de célébrer la magnificence de Dieu et de sa création

- pédagogique : l’image illustre les épisodes bibliques ou les récits hagiographiques

Les icônes

L’icône trouve donc sa confirmation dans les travaux du second Concile de Nicée (787), qui conclut à sa nature sacrée, authentifiée par la tradition comme image de l’Incarnation, dont le seul et unique prototype reste la figure du Christ "Dieu fait homme". L’icône illustre donc la double nature du Christ, vrai homme et vrai Dieu correspond la double nature de l’icône, trait d’union entre le monde matériel et divin.

Les éléments constitutifs de l’icône, en tant qu’objet de culte, se réfèrent à cette double réalité :

les matériaux utilisés : comme les supports et pigments, colles et bois sont tirés de la création, c’est la participation du règne minéral, végétal et animal, voulu par Dieu et confié à l’homme,
symbolisme des formes : l’icône byzantine puise ses sources dans les textes littéraires, divers apocryphes et les textes bibliques. La matière ici n’a de sens que de servir en premier l’Ecriture, la révélation faite à Moïse : "Je Suis celui qui Est, l’Eternel".

Symbolisme des couleurs : l’or de l’icône est un voile qui signe la nature divine de l’image ; la palette de couleurs souligne les différents courants, les écoles, les monastères, les styles, mais le symbolisme ne change pas. Le pourpre est la couleur royale ; le rouge est la couleur du sang, de la vie, de l’énergie vivifiante ; le bleu, couleur du ciel, infini, est donc symbole du monde éternel, de la divinité ; le vert, couleur de la nature et, en son perpétuel renouvellement, de l’espérance, symbolise aussi l’Esprit qui souffle ; le brun, couleur de la terre, rappelle la nature humaine notamment dans le manteau de Marie où il est cependant associé à la pourpre royale ; Le blanc symbolise la lumière divine. C’est aussi la couleur de la pureté, de la sainteté et de la simplicité (les enfants sont toujours habillés de blanc sur les icônes) ; enfin le noir symbolise la mort et le mal (les grottes, symboles du tombeau et des profondeurs de l’enfer…).

Symbolisme de l’iconographe : "sa personne est le lieu où se fait l’union de la forme matérialisée de l’icône et la vérité de la foi" ; ses mains obéissent à la vision intérieure de l’image. Il travaille dans le silence, la prière, la méditation de l’Écriture, avec humilité (c’est pourquoi les icônes ne sont jamais signées). Cette voie "monastique" nécessite une double disposition du cœur : celle du croyant et la fidélité à la Tradition.

Les jours de fête, lorsqu’ils ne peignaient pas, Roublev et son ami Daniel « s’asseyaient devant les vénérables et divines icônes ; et regardant celles-ci sans distraction..., ils élevaient constamment leur esprit et leur pensée dans la lumière immatérielle et divine ». Cette lumière, à la contemplation de laquelle il s’ouvrait, Roublev sut la manifester et la transmettre dans son art, tout particulièrement et avec une force incomparable dans son icône de la Trinité.

Pour finir :

La peinture sacrée est pour moi un chemin d’intériorité dans lequel je me suis peu à peu approprié tous les sujets qui y sont représentés. Je les ai enfouis, ensevelis en moi et ils m’ont habitée. M’habitant, ils m’ont animée, j’oserai dire que souvent ils m’ont « réanimée ».

Tout au long de mon cheminement j’ai appris à me débarrasser du superflu : il y a si peu de choses vraiment importantes. Il n’y en a même qu’une seule. A chacun de la trouver selon son cœur. Ce que je sais, c’est qu’il n’y a pas d’illumination sans dépouillement – trop d’abondance nuit…

Je pourrai utiliser la parole d’un maître soufi du XIVème siècle, qui s’appelait Hafiz :

« Je suis un trou dans une flûte par lequel passe le souffle du Christ. Ecoutez cette musique ».

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